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Commençons par la description du régime instable d'Eckhaus le plus
simple à décrire. Pour
K, la source
émet une onde instable vis à vis de modulations de phase. En effet,
une modulation de phase est observée : si nous regardons une image de
la fréquence locale
ou du nombre
d'onde local
(fig.
), nous voyons clairement une oscillation de
la fréquence se propager -- à la vitesse de groupe -- tout en
étant amplifiée. Cette modulation n'est pas saturée et elle
conduit la structure à changer de fréquence lors d'un saut de phase,
accompagné d'un trou d'amplitude. En aval de cette dislocation
spatio-temporelle, le nombre d'onde local est différent et une
modulation résiduelle relaxe à zéro. Après la catastrophe,
l'onde émise par la source est toujours instable mais il lui faut un
certain temps pour qu'une nouvelle modulation soit amplifiée jusqu'à
produire une nouvelle dislocation. Les dislocations forment un front
séparant la zone de nombre d'onde
, instable, émis par la source
et la zone de nombre d'onde post-dislocation
, stable. De tels
objets ont déjà été observé dans le système de Taylor-Dean
par Bot et Mutabazi (2000) où ils permettaient de même un changement de
fréquence. Le régime observé pour
K est ainsi
caractérisé par la périodicité temporelle des dislocations et la
stabilité spatiale du front de dislocation qui occupe ainsi une
position stationnaire. Cette position dépend du gradient de
température appliqué. En dessous de
K et sans
perturber le système, aucune modulation n'est observée et les
états sont uniformes.
Une transformée de Hilbert en temps de l'image réelle de nombre
d'onde (figure
), resp. de fréquence, nous donne
alors accès à l'amplitude locale et instantanée de la modulation
de nombre d'onde, resp. de fréquence. A partir d'une telle image, nous
pouvons mesurer la position
du front des dislocations ;
cette position est constante au cours du temps dans le présent
régime et nous avons une bijection entre
et
. A partir d'un profil moyen de l'amplitude de la modulation de
fréquence (figure
), nous mesurons
; nous avons aussi accès au taux de croissance spatial de cette
modulation. Celui-ci est stationnaire ; nous notons alors
le taux de croissance de la modulation dans
la zone du mode
(instable) et
le taux
de (dé)croissance de la modulation dans la zone du mode
(stable) :
Figure:
Instabilité d'Eckhaus absolue.
Diagramme spatio-temporel du nombre d'onde
local instantané
dans le rectangle pour
K. A gauche est reproduit le signal
et à droite l'amplitude de la modulation
de
telle que donnée par une
transformée de Hilbert en temps.
|
Figure:
Profil spatial moyen de la modulation d'amplitude extrait
du diagramme de la figure
, pour
K.
A gauche : profil en échelle linéaire ; à droite : profil en
échelle logarithmique, révélant les variations exponentielles
et justifiant la définition des taux de croissance spatiaux.
|
Nous qualifions ce régime d'instabilité d'Eckhaus d'absolue
car la position du front de dislocations est fixe dans le
référentiel du laboratoire, ce qui signifie que les modulations ne
sont pas advectées hors de la cellule mais restent à une position
bien déterminée. Nous pouvons mesurer un taux de croissance temporel
positif pendant le régime transitoire d'installation des modulations
et dislocations ; ce taux est ensuite nul car le régime asympotique
est stationnaire.
La figure
représente alors l'évolution des
grandeurs
et
en fonction de
dans le régime absolument instable d'Eckhaus. La zone
d'instabilité absolue est alors limitée à
K, et l'évolution de la position du front est discontinue en
cette valeur.
Figure:
Variation de la position du front de dislocations (à gauche)
et des taux de croissance spatiaux (à droite), en fonction de
,
dans la zone d'instabilité d'Eckhaus absolue. Le front de dislocations
est par convention positionné en
lorsqu'aucune modulation
n'est présente, i.e., en dessous de 5,56 K.
|
Nous observons une augmentation du taux de croissance spatial
avec le paramètre de
contrôle et nous pouvons ajuster cette évolution par une loi
linéaire.
Nous pouvons remarquer que les dislocations surviennent lorsque
l'amplitude des modulations de la fréquence a atteint une valeur
limite
que l'on peut noter :

e
Cette valeur de la modulation est constante d'une réalisation sur
l'autre et ne dépend pas de
, comme l'illustre la
figure
. Elle se trouve être égale à la
différence des fréquences du mode 21 (instable) et du mode 17,
c'est-à-dire à la fréquence des modulations. Cela s'interprète
aisément en imaginant que la dislocation survient lorsque la
fréquence locale dans la zone 21 a atteint la valeur de la fréquence
du mode 17 : le système a alors accès à ce nouveau mode, qui a
l'avantage d'être stable ; de manière équivalente, la dislocation
survient lorsque l'amplitude de la modulation de fréquence atteint la
valeur de la fréquence de la modulation. Ce raisonnement est aussi
valable pour les nombres d'onde.
Figure:
Superposition de différents profils d'amplitude de modulation de
fréquence obtenus pour des différentes valeurs de
.
Plus celle-ci est élevée et plus le front de dislocations est
proche de la source à gauche de la cellule. L'éclatement et le
saut de phase ont apparemment toujours lieu pour une même amplitude
Hz de la modulation qui correspond exactement
à la différence
des fréquences du mode 21 et
du mode 17, i.e. à la fréquence de la modulation.
|
Notons enfin que le front de dislocations peut avoir une certaine
« largeur », notamment pour les plus faibles valeurs de
dans la zone d'instabilité d'Eckhaus absolue. Dans ces régimes,
stationnaires eux aussi, le front a bien entendu toujours une position
fixe, mais les dislocations surviennent alternativement à deux
abscisses distinctes. Ce phénomène de battement est illustré sur
la figure
; il n'altère en rien les
définitions et conclusions précédentes, et nous avons traité ce
cas comme celui d'un front « unique ».
Figure:
Instabilité d'Eckhaus absolue.
Diagramme spatio-temporel de la fréquence instantanée
dans le rectangle pour
K. Le front de dislocations
est double.
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Nicolas Garnier - Thèse de doctorat