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Pour un système supercritique, un état linéairement stable est
non-linéairement stable et réciproquement. Par contre,
Couairon et Chomaz (1999) ont montré que ce même système peut être
non-linéairement absolument instable avant d'être linéairement
absolument instable : la vitesse du front arrière est en effet
supérieure où égale à la vitesse de groupe (travaux de
Dee et Langer (1983), van Saarloos (1988)). Dans notre cas expérimental, nous n'avons
pas un accès direct à cette distinction au niveau des vitesses car
il nous est impossible de mesurer la vitesse du front arrière lors de
l'envahissement de la cellule par la structure.
Cependant, Couairon (1997), Couairon et Chomaz (1999) ont montré sur l'équation
GL avec onde unique que l'apparition d'un mode global non-linéaire
était accompagnée d'un comportement critique bien défini pour la
taille de la source.
En définissant la taille de la source d'onde comme la distance entre
le coeur de la source -- le bord de la cellule dans notre cas -- et la
position où l'amplitude de l'onde émise vaut la moitié de sa
valeur à saturation, Couairon et Chomaz ont prédit deux lois
d'échelle différentes. Lorsque le seuil non-linéaire
d'instabilité globale coincide avec le seuil linéaire
d'instabilité absolue, la vitesse du front est alors sélectionnée
linéairement (i.e., suivant le critère de
Dee et Langer (1983), van Saarloos (1988)), et la taille de la source varie comme
. Au contraire, lorsque la transition
est non-linéaire, i.e., que le seuil d'instabilité globale
est plus bas que le seuil linéaire
, alors la taille de la source varie en
.
Comme il nous est difficile de mesurer directement la taille de la
source pour les états près du seuil, nous assimilerons cette
grandeur au taux de croissance spatial
de l'amplitude au
niveau de la source. A première vue (Fig.
), le
comportement critique en
de
cette grandeur ne correspond à aucun des cas linéaire ou
non-linéaire répertoriés. Néanmoins, cette loi en
que nous obtenons ne semble pas
être valable très près du seuil : nous avons réalisé trois
expériences pour
K, et chacune nous a donné la
même valeur de
, qui s'éloigne de l'ajustement
linéaire bien au delà de nos barres d'erreur expérimentales. En
observant différemment nos résultats (Fig.
),
nous pouvons remarquer que la loi en puissance -1/2 (sélection
linéaire) s'applique très près du seuil car elle décrit mieux
les variations très rapides au départ, mais son domaine de
validité est très réduit (
). La loi
logarithmique (sélection non linéaire) donne quand à elle une bien
meilleure représentation des points expérimentaux car elle répond
à ces deux critères.
![]() ![]() |
Gondret et al. (1999) ont observé une telle transition non-linéaire
entre instabilité convective et absolue, associée à une divergence
logarithmique de la taille de la zone de croissance. Mais le système
alors étudié -- instabilité de Kelvin-Helmotz -- est un
système ouvert et aucun mode de bord n'est observé en aval.
Pour étayer la discussion, remarquons que notre définition de
est légèrement différente de celle de
Couairon et Chomaz (1999) qui utilisent à la place la taille de la source
définie comme sa « largeur à mi-hauteur ». Si l'on note
la taille de la source et
l'amplitude en
,
l'amplitude à saturation et
le taux de
croissance spatial au voisinage de la source, alors en supposant que la
variation de l'amplitude entre
et
est uniquement due
à la variation exponentielle (ce qui peut ne plus être vrai au
delà de
mais reste très raisonnable en dessous : cf
Fig.
), nous pouvons écrire3.6 :
![]() |
En conclusion, nous pouvons affirmer que dans tous les cas les deux
grandeurs
et
ont le même comportement
critique. Nous déduisons alors de la dépendance logarithmique de
en
que la transition
observée est non-linéaire.