Lors d'expériences, y compris d'expériences de pensée, un tel
référentiel se dégage en effet toujours : dans le cas d'un sillage
par exemple, l'obstacle est fixe dans ce référentiel, mais
l'écoulement advecte l'instabilité et l'on pressent l'intérêt
d'un second référentiel, mobile par rapport à celui du
laboratoire. Dans le cas de la convection de Rayleigh-Bénard, nous
avons une cellule finie dont les bords sont fixes dans le
référentiel du laboratoire ; si la structure qui apparaît est
stationnaire, aucun autre référentiel ne peut-être mis en avant,
et l'instabilité n'est jamais convective. Au contraire, une
instabilité oscillante en ondes propagatives est convective au
voisinage de son seuil. Une description rigoureuse des instabilités
linéaires convectives/absolues a été produite par Huerre et Monkewitz (1990)
à l'aide de fonctions de Green décrivant l'évolution
spatio-temporelle d'une perturbation localisée en temps et en espace
(paquet d'onde) en fonction de la vitesse relative du référentiel
d'étude par rapport au référentiel du laboratoire. L'aspect
convectif ou absolu apparaît alors comme la dépendance ou non du
taux de croissance effectif avec la vitesse relative du référentiel
et cette distinction n'a un sens que dans les systèmes où
l'invariance galliléenne est brisée.
Ce formalisme s'est révélé très riche pour la description des
instabilités survenant dans des systèmes ouverts. En
hydrodynamique notamment, la présence d'un écoulement moyen
-- cas des sillages par exemple -- autorise l'instabilité à être
convective pour les plus petites valeurs du paramètre de contrôle
avant d'être absolue pour les plus grandes valeurs. Une variation
spatiale du paramètre de contrôle peut de plus permettre à
l'instabilité d'être absolue au voisinage immédiat de l'obstacle,
puis convective en aval.
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Dans le cas des systèmes fermés, i.e., sans advection moyenne,
la distinction entre caractère absolu et convectif d'une instabilité
en ondes propagatives se révèle tout aussi intéressante. En effet,
si l'instabilité donne naissance à des ondes de vitesse de groupe
finie au seuil, cette instabilité est toujours convective au seuil.
Quelle que soit la vitesse de groupe, il lui est toujours possible
d'advecter des perturbations dont le taux de croissance, variant comme
, est aussi petit que l'on veut pour peu que l'on soit
suffisamment près du seuil. Ce caractère convectif a, comme nous le
verrons, de profondes conséquences sur les possibilités
d'observation de la structure.
L'étude présentée ici est celle d'un système fermé, sans
flux de matière imposé par l'extérieur. Parmi les sytèmes
équivalents produisant des ondes propagatives, nous pouvons citer
l'écoulement de Taylor-Dean (Laure et Mutabazi (1994), Bot et al. (1998)) où des
ondes apparaissent par bifurcation primaire. De plus nombreux systèmes
produisent des ondes propagatives par bifurcation secondaire ; citons
l'instabilité secondaire oscillatoire en convection de
rayleigh-Bénard, ainsi que l'écoulement de Taylor-Couette
lorsqu'apparaissent des rouleaux propagatifs (wavy vortex flow) par
déstabilisation des rouleaux de Taylor. Dans ce dernier cas,
Tagg et al. (1990) ont d'ailleurs distingué la nature convective au seuil
de l'instabilité.
Nous nous limitons au cas
unidimensionel des cellules « rectangle » et « anneau » et nous
étudions donc la propagation des ondes dans la direction
perpendiculaire à l'écoulement de base, i.e., la direction
suivant laquelle il n'existe à priori aucun type d'advection (cf
principe de Curie, § ). Cette constatation nous
permet d'utiliser le formalisme d'une équation d'amplitude de
Ginzburg-Landau complexe.